Table d'hôtes : réglementation et règles à respecter

Une table d’hôtes sert un repas aux seuls voyageurs logés sur place, chez un exploitant de chambres d’hôtes. Le cadre repose sur quatre conditions cumulatives : prestation accessoire à l’hébergement, menu unique, repas servi à la table familiale, capacité limitée à quinze convives. Franchir l’une de ces limites bascule l’activité en restauration commerciale.
Les quatre conditions qui définissent une table d’hôtes
Aucun article du Code du tourisme ne porte le titre « table d’hôtes ». La qualification vient de la doctrine administrative, calée sur le régime des chambres d’hôtes des articles L. 324-3 et D. 324-13. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes en fixe les contours dans sa fiche pratique consacrée aux chambres d’hôtes.
Quatre critères doivent être réunis, sans exception :
- Prestation accessoire : le repas complète l’hébergement, il ne le remplace pas
- Menu unique : un seul repas servi à tous, sans carte ni choix
- Ingrédients de préférence issus du terroir local ou de la production maison
- Repas pris à la table familiale, avec l’hôte
- Capacité d’accueil limitée à celle de l’hébergement, soit quinze personnes au maximum
Le mot « cumulatif » compte. Une maison qui sert un menu unique, mais à des clients venus de l’extérieur, sort du régime. Une autre qui ne loge que ses hôtes, mais leur propose deux plats au choix sur des tables séparées, en sort aussi.
Le plafond des quinze couverts
Le chiffre ne se négocie pas. L’article D. 324-13 du Code du tourisme limite l’activité de chambres d’hôtes à cinq chambres et quinze personnes accueillies. La table s’aligne mécaniquement sur ce plafond, puisqu’elle ne sert que les personnes hébergées.
Au-delà, l’appellation « chambres d’hôtes » tombe. Le bien devient une activité de chambres chez l’habitant, voire un hôtel selon la structure, avec les obligations correspondantes. Le seuil ne dépend pas du chiffre d’affaires mais bien du nombre de lits et de couverts.
Ce qui fait basculer vers la restauration commerciale
Trois glissements reviennent sans cesse dans les contrôles :
- Accepter des convives qui ne dorment pas dans la maison
- Proposer une carte, des entrées au choix, un menu enfant distinct
- Installer des tables séparées et facturer chaque plat à l’unité
Chacun de ces gestes fait entrer l’activité dans la restauration commerciale : formation hygiène obligatoire, licence, affichage extérieur des prix, normes d’accessibilité des établissements recevant du public. La « table d’hôtes sans hébergement », largement cherchée en ligne, n’a aucune existence juridique. Sans nuitée vendue, c’est un restaurant.

Les déclarations à poser avant le premier couvert
Ouvrir une table sans papier, c’est prendre un risque inutile. Deux déclarations distinctes encadrent le démarrage, et elles ne se remplacent pas.
La première concerne l’hébergement. Toute activité de chambres d’hôtes se déclare en mairie, via le formulaire cerfa dédié, avant l’accueil du premier voyageur. Cette déclaration conditionne l’existence même du régime, donc celle de la table.
La seconde vise l’alimentaire. Servir des repas contre rémunération, même quatre soirs par semaine, constitue une activité de remise directe de denrées alimentaires. Elle se déclare à la direction départementale de la protection des populations avec le cerfa n° 13984, au moins quinze jours avant le premier service. Cette formalité reste gratuite et ne donne lieu à aucun agrément : elle signale simplement l’établissement aux services vétérinaires.
Reste l’immatriculation. La table d’hôtes ne crée pas d’entreprise distincte : elle s’ajoute à l’activité de chambres d’hôtes, déclarée au guichet unique des formalités des entreprises. La démarche complète, du choix du statut au budget, ressemble beaucoup à celle décrite dans notre guide pour ouvrir une auberge étape par étape, à une échelle plus modeste.
Servir du vin : licence et permis d’exploitation
Le repas s’accompagne d’un verre de blanc ? La question de la licence surgit immédiatement. Deux titres existent selon les boissons proposées.
La petite licence restaurant couvre les boissons du groupe 3 : vin, bière, cidre, poiré, crème de cassis, vins doux naturels. Elle suffit à la grande majorité des tables d’hôtes. La licence restaurant, plus étendue, ouvre le service des groupes 4 et 5, donc des spiritueux et des digestifs.
Dans les deux cas, une condition commune : le permis d’exploitation. Ce titre devient obligatoire dès qu’une boisson alcoolisée est vendue, même noyée dans le prix forfaitaire du repas. Les loueurs de chambres d’hôtes suivent une formation raccourcie d’une journée, soit sept heures, dispensée par un organisme agréé par le ministère de l’Intérieur. Le permis vaut dix ans.
Trois limites encadrent le service :
- Les boissons accompagnent le repas, jamais un bar ouvert en continu
- Elles s’adressent aux seules personnes hébergées
- Aucune vente à emporter n’est autorisée sous ce régime
Une table qui ne sert aucun alcool échappe à tout cela. Ni licence, ni permis, ni formation. Beaucoup de maisons d’hôtes font ce choix par simplicité administrative, quitte à autoriser les voyageurs à apporter leur bouteille.
Hygiène : la dispense qui n’efface pas les obligations
La restauration commerciale impose qu’au moins une personne de l’établissement justifie d’une formation en hygiène alimentaire de quatorze heures minimum. Le Groupement des hôtelleries et restaurations de France précise que les tables d’hôtes répondant aux quatre critères cumulatifs en sont dispensées, tout en jugeant cette formation fortement recommandée.
La dispense se mérite. Elle disparaît le jour où la maison accueille un client extérieur ou propose deux plats. Deux autres voies existent pour être réputé formé : détenir un diplôme professionnel du secteur alimentaire, ou justifier de trois années d’expérience comme gestionnaire ou exploitant dans une entreprise alimentaire.
En revanche, aucune dispense n’existe sur le fond. Le paquet hygiène européen s’applique à toute personne qui sert des denrées, sans seuil de faveur :
- Traçabilité des produits et conservation des étiquettes des fournisseurs
- Respect de la chaîne du froid et relevés de température
- Plan de nettoyage et de désinfection des locaux
- Information obligatoire des convives sur les quatorze allergènes majeurs
Les services vétérinaires contrôlent les tables d’hôtes comme les autres établissements. Un cahier de suivi tenu à jour vaut mieux qu’une attestation de formation encadrée au mur.

Menu unique, produits du terroir et prix annoncé
Le menu unique structure toute la formule. Un plat, une entrée, un dessert, servis à la même heure à toute la tablée. Cette contrainte, souvent perçue comme une limite, fait la force du modèle : elle autorise l’achat en petite quantité, la cuisine du marché, l’adaptation au panier du jour.
Les ingrédients doivent venir du terroir ou du jardin, autant que possible. Cette exigence pousse naturellement vers l’approvisionnement local, comme le pratiquent les maisons qui travaillent en circuit court avec des producteurs locaux. Dans les massifs, la table d’hôtes devient souvent la meilleure porte d’entrée vers les spécialités savoyardes que les cartes touristiques standardisent.
Le prix, lui, s’annonce à l’avance. Il prend la forme d’un forfait par personne, communiqué au moment de la réservation, et l’affichage des prix reste obligatoire vis-à-vis du consommateur. Aucune facturation à la carte, aucun supplément découvert au dessert.
Combien coûte un repas en table d’hôtes
Selon l’enquête menée par Accueillir Magazine auprès des propriétaires de chambres et tables d’hôtes, le prix moyen d’un repas s’établit à 24 euros par personne. L’amplitude reste large, de 8 à 55 euros selon les régions et le niveau de prestation. La même enquête relève un prix moyen de 18 euros en Franche-Comté contre 26 euros en Bourgogne.
Les boissons entrent fréquemment dans le forfait : apéritif maison, un ou deux verres de vin, café. Cette pratique explique en partie l’écart avec un restaurant classique, où chaque ligne se facture séparément.
Le repas à la table familiale
Le critère paraît folklorique. Il porte pourtant tout le régime : sans partage de table avec l’hôte, la prestation redevient un service de restauration. Une seule tablée, un seul horaire, l’exploitant présent et servant lui-même.
Cette configuration impose une organisation stricte. Le repas se réserve la veille, parfois à l’inscription. Les régimes alimentaires se signalent à l’avance, faute de carte pour se rabattre. Le voyageur qui cherche à dîner seul devant une table dressée pour lui trouvera son bonheur ailleurs.

Fiscalité et affiliation sociale
Les recettes de la table s’ajoutent à celles des chambres et relèvent des bénéfices industriels et commerciaux. Le régime micro-BIC s’applique tant que les recettes restent sous le plafond fixé pour l’activité. Selon Service-Public Entreprendre, les revenus 2025 des chambres d’hôtes relèvent d’un plafond de 77 700 euros et d’un abattement forfaitaire de 50 %, après la réforme entrée en vigueur au 1er janvier 2025.
Côté social, un seuil déclenche l’affiliation au régime des travailleurs indépendants : le revenu imposable qui dépasse 13 % du plafond annuel de la sécurité sociale, soit 6 123 euros pour 2025 selon la même source. En dessous, aucune affiliation obligatoire, mais les revenus restent soumis aux prélèvements sociaux du patrimoine.
Deux réflexes simples évitent les mauvaises surprises :
- Tenir un livre de recettes séparé pour la table et pour les nuitées
- Vérifier chaque année les seuils, révisés régulièrement depuis la réforme de 2025
Table d’hôtes, gîte ou auberge : ne pas confondre
Le voyageur qui réserve une table d’hôtes n’achète pas un restaurant. Il achète une soirée chez quelqu’un, avec le menu de la maison, à l’heure de la maison. Cette différence de nature explique les règles décrites plus haut, et elle sépare nettement la formule des autres modes d’accueil.
Le gîte, lui, loue un logement entier sans repas ni présence du propriétaire. L’auberge combine hébergement et restauration ouverte à tous, avec licence et cuisine professionnelle. Le comparatif détaillé des services, tarifs et obligations figure dans notre analyse des différences entre gîte et auberge, et le panorama des catégories réglementaires dans la définition des hébergements touristiques.
Prochaine étape pour un porteur de projet : vérifier les quatre critères sur son propre modèle, déclarer l’activité en mairie et à la direction départementale de la protection des populations, puis trancher la question de l’alcool avant de fixer le prix du menu. Compter deux à trois mois entre la déclaration et le premier service.